C’est le point de vue que partagent plusieurs experts des TIC et de la sécurité alimentaire qui participeront à une session spéciale sur la malnutrition lors de l’édition 2018 de la conférence eLearning Africa organisée à Kigali, Rwanda, du 26 au 28 septembre prochain.

Les estimations actuelles montrent qu’environ 14,5 % des habitants des régions les plus pauvres d’Afrique souffrent de faim ou de malnutrition. Les premières victimes sont souvent les enfants, et l’Organisation mondiale de la santé estime que la faim et la malnutrition restent les principales causes de mortalité des enfants dans les pays en développement.

Mais tout ceci pourrait bientôt changer.

Plusieurs intervenants du Ghana, du Rwanda et de la Zambie présenteront des initiatives créatives, menées dans le secteur de l’éducation, qui aident déjà à lutter contre la malnutrition dans plusieurs pays africains. Ils sont convaincus que les TIC (qui sont de plus en plus utilisées pour améliorer les rendements agricoles en Afrique) ainsi que l’attention récemment portée à la formation des principaux acteurs pourraient jouer un rôle clé pour éradiquer le problème de la faim.

Parmi les intervenants figure notamment Kofi Barimah, de l’université technologique du Ghana (GTUC), qui expliquera comment l’université a utilisé l’apprentissage à distance pour renforcer son programme alimentaire. Il souligne que la malnutrition reste un problème grave dans certaines parties du pays.

« Le mot ‘Kwashiorkor’, qui est entré dans le dictionnaire anglais, est dérivé du ‘Ga’, une langue ghanéenne, explique-t-il. ‘Kwashiorkor’ est un terme qui désigne les enfants souffrant de malnutrition sévère en raison d’une carence en protéines. Le simple fait que le mot anglais utilisé pour désigner un enfant mal nourri provienne d’une langue ghanéenne illustre toute la gravité de ce problème au Ghana et en Afrique en général. »

À l’aide d’une petite subvention de l’université catholique du Ghana et en partenariat avec l’université de Southampton et le groupe de travail international sur la malnutrition (International Malnutrition Task Force), la GTUC a introduit dans son cursus sur la santé publique une formation en ligne intitulée « Soigner les enfants atteints de malnutrition ».

Cette formation, qui combine de nouveaux supports d’apprentissage et d’enseignement, offre aux étudiants et aux enseignants l’accès à de bonnes pratiques sur l’alimentation maternelle et infantile, en utilisant à la fois des CD et du contenu en ligne.

« Le projet a eu beaucoup de succès. Les étudiants ont félicité le groupe de travail international sur la malnutrition et l’université de Southampton pour cette merveilleuse invention, indique Kofi Barimah. L’équipe a pu lancer le premier groupe d’étudiants avec des résultats prometteurs.

Plus d’un millier d’étudiants ont été formés la première année et d’autres vont continuer à bénéficier de cette formation. »

Mudukula Mukubi, de l’organisation de nutrition Ndola en Zambie, viendra montrer les effets positifs des TIC sur l’acquisition de compétences clés dans les foyers dirigés par des femmes ou des enfants. Ces travaux de recherche font partie d’un projet, financé par SPIDER, qui porte sur les programmes d’auto-apprentissage destinés aux foyers.

« Le projet s’efforce de lutter contre le manque de compétences professionnelles et entrepreneuriales dans les foyers pauvres dirigés par des femmes et des enfants dans les parties rurales des districts de Luanshya, Masaiti et Ndola en Zambie, explique-t-il. Il propose des formations sur la production de volailles et de soja en utilisant des outils modernes, tels que les smartphones, pour la consultation et l’échange d’informations sur les réseaux sociaux. »

Jean de Dieu Gatete du programme « Maternal and Child Survival Programme » (MCSP) parlera de l’expérience du Rwanda dans la mise en œuvre d’un programme de l’OMS sur la prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (PCIME). Entrant dans le cadre de la stratégie de l’OMS visant à réduire la mortalité et la morbidité des enfants en améliorant la gestion des maladies courantes, le programme a été adopté par le Rwanda en 2006 et est actuellement mis en pratique dans les centres de santé publique du pays.

Toutefois, malgré l’existence de directives cliniques nationales sur le traitement de tous les enfants de moins de 5 ans, seuls 65 % d’entre eux reçoivent les soins préconisés. Moins de 40 % des professionnels travaillant dans les centres de santé rwandais ont bénéficié d’une formation à la PCIME. Le programme MCSP, qui a enquêté dans 148 centres de santé rwandais dans 12 districts, a étudié plusieurs approches alternatives, durables et bon marché permettant de former le plus grand nombre possible de professionnels de santé à la PCIME.

« Le projet a conclu qu’une formation assistée par ordinateur offre une réelle opportunité aux professionnels de santé, tout en étant beaucoup plus abordable (environ 178 $ par participant) que la formation standard en présentiel (472 $ par participant) », explique Jean de Dieu Gatete.

Grâce à la formation en ligne du programme MCSP, plus de 600 prestataires de santé de 148 centres ont déjà bénéficié d’une formation pratique à la PCIME.

« La mise en place de ce programme de formation assisté par ordinateur a entraîné une hausse du taux de prestataires formés à la PCIME qui est passé de 40 % à 79 % en 6 mois. »

« Le programme complet de la conférence 2018 est maintenant en ligne et je suis très heureuse qu’il traite en profondeur du rôle que les TIC peuvent jouer dans la lutte contre le problème persistant de la malnutrition en Afrique, note Rebecca Stromeyer, fondatrice et organisatrice de la conférence eLearning Africa.

Il est choquant que tant de gens souffrent encore de la faim au XXIe siècle. Mais j’estime que les TIC ont la capacité d’apporter une contribution majeure à la résolution de ce problème afin que les enfants et les mères bénéficient des soins dont ils ont besoin. »

La conférence eLearning Africa est accompagnée d’une exposition pour présenter les dernières nouveautés en matière de produits, services et solutions. Elle organise également chaque année une table ronde ministérielle au cours de laquelle des ministres de l’Éducation et des TIC viennent discuter des développements les plus récents en matière d’éducation et de technologie.