Inventeur du Cardiopad, Arthur Zang veut mettre l’examen cardiologique à portée des villages les plus reculés.

Son entretien chez le journal le Point Afrique

Le Point Afrique : Quel problème essayez-vous de résoudre ?

Marc-Arthur Zang : Selon le rapport annuel de 2014 de l’OMS, les maladies cardiovasculaires (MCV) représenteraient 22 % de la mortalité globale en Afrique centrale. Soit 1,6 million de décès par an. Au Cameroun, on dénombre moins de 50 cardiologues pour une population de plus de 20 millions d’habitants. Or, la grande majorité de ces cardiologues travaillent uniquement dans les grands hôpitaux situés dans les principales villes du pays que sont Yaoundé et Douala. Les patients vivant en zone rurale doivent donc effectuer de longs voyages pour aller à la rencontre de leurs spécialistes. Au péril de leur vie…

Comment vous est venue l’idée de ce projet ?

L’idée de résoudre ce problème m’est venue durant un stage effectué en 2009 à l’hôpital général de Yaoundé au Cameroun et après un entretien avec mon maître de stage le cardiologue Samuel Kingué.

Quelle est votre solution à ce problème ?

Afin de résoudre ce problème, j’ai développé un système d’acquisition, de traitement, et de transmission via le GSM du signal cardiaque s’étendant à l’échelle nationale. Ceci grâce à la conception et la réalisation d’un appareil électronique compact à usage médical appelé le Cardiopad. Cet appareil permet d’effectuer les examens de cardiologie dans les villages et de transmettre les résultats aux cardiologues distants via le réseau téléphonique mobile (GSM/GPRS) afin d’acquérir un diagnostic à distance.

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Avez-vous identifié vos concurrents ? Si oui, qui sont-ils ?

Pour le moment, sur le marché africain, il n’existe pas vraiment d’entreprise de fabrication d’appareils médicaux. Mais il existe des entreprises qui achètent et revendent du matériel médical fabriqué entièrement à l’étranger. En plus d’être chers, ces appareils ne résolvent pas toujours les problèmes particuliers qui sont dus au contexte africain, à savoir : l’absence de spécialistes locaux, les faibles budgets des hôpitaux de village, et le manque d’électricité.

Quelle est votre valeur ajoutée ?

Himore Medical S.A. est la première entreprise de conception et de fabrication d’appareils médicaux au Cameroun, et les avantages de notre produit le Cardiopad sont nombreux :
– Utilisation d’une interface sans fil de type Bluetooth pour connecter le patient à l’appareil médical à travers des électrodes spécifiques dédiées au Cardiopad, ce qui permet d’éliminer tout risque d’électrocution.
– présence d’une batterie rechargeable à l’intérieur de l’appareil et d’un chargeur solaire permettant l’utilisation de l’appareil même en temps de coupure d’électricité.
– possibilité de transmission des données du patient et du diagnostic des médecins à travers le réseau téléphonique mobile, ce qui permet d’examiner un patient à distance sans souci de se déplacer.

Comment comptez-vous rentabiliser votre projet ?

L’entreprise Himore Medical s’occupera de concevoir et fabriquer des appareils électroniques à usage médical qu’elle installera dans les hôpitaux de districts afin de pratiquer les examens cardiaques. Les appareils seront fabriqués et livrés gratuitement aux hôpitaux n’ayant pas les moyens d’en acheter et notre entreprise recevra alors un pourcentage sur les recettes effectuées grâce à l’utilisation de nos appareils ce qui générera du bénéfice de manière régulière.

Présentation de l’équipe : qui mettra en œuvre ce projet

– Arthur Zang : Ingénieur en chef, et Chef du projet, président et CEO.
– Cédric Evina : Chef d’équipe de développement, et chef des opérations (COO).
– Serge Boyogueno : Ingénieur en informatique et certifié en gestion de projet.
– Jean Pierre Anguissa : Développeur logiciel senior et administrateur de base de données
– Jefferson Olongo : Ingénieur en informatique, développe actuellement le site internet de Himore Medical.
– Prof. Samuel Kingué : Cardiologue et superviseur médical du projet.
– Jamael Halile : Diplomé de l’ESCP Paris en finances, il assure le rôle de CFO (chief Financial officer)

Quels sont vos besoins cruciaux ?

Afin de mener à bien l’exécution des prochaines étapes du projet, nous avons besoin de financements supplémentaires.

État d’avancement du projet : Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Grâce à un effort acharné effectué depuis le début de ce projet en 2009, nous avons pu obtenir des fonds qui nous ont permis de démarrer la production de 100 kits cardiopad. Nous avons investi toutes nos ressources humaines et financières pour cette fabrication. Actuellement le niveau d’exécution du processus de production a atteint les 90 %. Il ne nous reste plus qu’à produire les derniers composants nécessaires à l’assemblage total des 100 premiers kits et de financer le transport des pièces de la Chine vers le Cameroun.

Racontez-nous une anecdote illustrant votre difficulté à trouver des financements.

En 2014, je me suis rendu à ma banque pour demander un prêt de 5 millions de FCFA. Mon banquier m’a gentiment expliqué que pour cela je devais présenter des garanties. “M. Zang, avez-vous une voiture ou un titre foncier ?”, j’ai repondu : “Non.” “Désolé, la banque ne peut rien pour vous”, a-t-il ajouté. “Mais si un jour vous avez vraiment besoin d’argent, je pourrais, à titre personnel, vous racheter votre montre suisse à un prix très raisonnable !”

Comment voyez-vous votre projet dans cinq ans ?

Dans cinq ans, Himore Medical sera une très grande entreprise médicale au chiffre d’affaires supérieur à 5 millions d’euros et dont les appareils seront utilisés partout dans le monde. Ces appareils médicaux seront très variés et iront des appareils d’analyse tels que l’électrocardiographe aux appareils de suivi et de monitoring tels que les holters cardiaques et les beepers pour les médecins.

C’est quoi, le rêve de votre vie ?

Mon rêve est de créer la plus grande industrie de fabrication d’appareils médicaux en Afrique. Afin que tous les hôpitaux africains, quel que soit leur budget, puissent utiliser des appareils modernes leur permettant d’examiner leurs patients dans les meilleures conditions, tout en fournissant un diagnostic dans le délai le plus court possible, et ceci, même en cas d’absence de spécialiste.

Source: Le Point Afrique