Les aliments que vous mangiez au village vous manquent ? Plus de souci, car le restaurant « Eldorado » a tout prévu. Situé en bordure de mer, aux limites de Nongo en partance vers Kaporo, « Eldorado » vous réserve des plats purement traditionnels guinéens. C’est entre autres le to, le ‘’ndappa’’ (qui est un plat fait à la base du maïs), le ‘’futti’’ ou le ‘’lafidi’’, qui est un plat fait du riz (ou du fonio), d’huile et de divers condiments.

Les restaurants de Conakry étant beaucoup plus concentrés sur des plats européens, un jeune visionnaire a eu l’idée d’ouvrir un restaurant qui fournit aux nostalgiques des villages, leur manger préféré d’antan. Ce restaurant est donc ouvert pour trouver la solution à plusieurs problèmes : réinventer les plats traditionnels du pays, réduire les maladies liées à l’alimentation, stopper la consommation de l’alcool chez les jeunes et offrir de l’emploi à ceux qui n’en ont pas.

Oumou Hawa Diallo, une des servantes au restaurant, dit avoir trouvé son premier emploi à « Eldorado ». Et là, tout se passe bien, car servantes et cuisinières s’entraident : «On s’entraide, on ne laisse pas le boulot à une seule personne. » Mieux, elle a un patron qui a un sens élevé du respect de la personne humaine : « On nous traite de la même façon. Quand tu déconnes, il t’appelle, il te donne des conseils ».

Ousmane Bah est un des fidèles clients de « Eldorado ». Il a été attiré par la qualité de l’accueil, mais aussi des plats qui lui sont servis, car il y trouve son goût : « Je suis un client fidèle, parce que le repas m’attire. On ne vient pas au restaurant pour applaudir. C’est pour manger. C’est un restaurant purement guinéen, foutanien en particulier. Je viens manger du ndappa, du ketun, du fonio, et des fois des mangues. C’est vraiment idéal, un repas naturel avec des aliments de chez nous. C’est pourquoi j’aime bien venir ici. Il y a le bon service, il y a l’air, parce que c’est en bordure de mer. On ne paie pas ça. »

« La principale motivation d’ouvrir ce restaurant, c’est la volonté d’apporter quelque chose au choc de cultures lié à la gastronomie locale. C’est une volonté d’exprimer une certaine fierté de réinventer des plats traditionnels qui ont contribué à nourrir et à éduquer des millions de personnes à travers le monde. Le fonio est un plat traditionnel africain qui est aujourd’hui consommé à travers le monde entier. Je pense que la jeunesse africaine, de manière générale, doit contribuer à apporter quelque chose au festin de l’humanité», explique Abdourahmane Baldé, le fondateur du restaurant Eldorado, situé dans le quartier de Nongo, en bordure de mer.

L’alimentation, tout en permettant à la croissance physique et au bon fonctionnement de l’organisme, peut être source de problèmes à la santé de l’homme, notamment l’obésité, la constipation. Les plats traditionnels, ajoute M. Baldé, ne posent pas de problème : « On a évalué la situation sanitaire du pays. Nous nous sommes rendus compte que la source principale des maladies actuelles c’est pratiquement l’alimentation. Les gens ont des maladies qu’ils n’arrivent pas à soigner, d’autres sont même incurables. Les plats traditionnels guinéens ne posent aucun problème aux gens. En mangeant le to, les gens n’ont aucun problème. Vous ne pouvez pas manger du ndappa (plat de polenta) du Foutah et être opéré d’appendicite. Nous voulons un peuple sain, c’est pourquoi nous avons créé un restaurant qui vend du très local, 100% guinéen. »

Pour bien paraître, l’homme change de parure chaque jour. De la même façon qu’il éprouve le besoin de diversifier sa garde-robe, il a besoin de diversifier son alimentation. La création de « Eldorado » vise à combler ce vide : « J’ai voulu donner aux autres ce que j’aime. Ça c’est une inspiration du Saint Coran. J’aime bien diversifier l’alimentation. Je suis allé dans différents restaurants, j’ai compris qu’il y a un manque. Même quand vous voulez diversifier l’alimentation dans votre famille c’est extrêmement difficile. »

A Conakry, il y a de nombreux restaurants-bars en bordure de mer. Dans ces lieux, l’alcool est consommé comme des cacahuètes. Ce qui est un danger pour la jeunesse. Alors Abdourahmane a décidé de lutter à sa façon contre ce phénomène : « Nous avons constaté que la jeunesse est en train d’être détruite par l’alcool à grande échelle. Alors nous avons voulu créer le premier restaurant, et le plus grand, en bordure de mer non alcoolisé. Pratiquement, dans tout le pays, c’est le seul que nous connaissons en bordure de mer où on ne trouve pas d’alcool. Nous avons environ mille places assises, mais c’est 0% d’alcool. » Au-delà de permettre aux citoyens de Conakry de goûter à des plats qu’ils avaient l’habitude de consommer dans leurs villages, l’ouverture de « Eldorado », vise aussi à résoudre le problème d’emploi, donc permettre à d’autres de trouver leur premier emploi.

C’est un projet de seconde chance, soutient Abdourahmane Baldé. Et ça c’est une inspiration des Etats-Unis. On nous a envoyé dans un restaurant à la Nouvelle Orléans où on accorde une chance aux jeunes qui n’avaient aucun espoir de trouver de l’emploi. Donc ici, pratiquement, on a recruté des jeunes venant de tous les horizons qui étaient en situation de chômage. Aujourd’hui ces jeunes travaillent. Ils font fonctionner l’entreprise à mon insu. Tout se passe bien. »

Pour M. Baldé, chaque citoyen peut poser des actes qui peuvent profiter à la communauté : «Je pense qu’on ne doit pas s’asseoir et croiser les bras pour dire que ça ne va pas, tendre la main à l’Etat. Il faut que les jeunes du pays acceptent de poser des actes allant dans le sens de prendre des initiatives pour contribuer à l’économie, à la création d’emploi.»

(Abdourahmane Baldé, le fondateur)

Le dicton « petit à petit l’oiseau fait son nid » a bien servi au fondateur du restaurant « Eldorado ». « Ce n’était pas facile. On a commencé par un conteneur, et aujourd’hui on a plus de mille places en plein air avec un jardin, on a un bâtiment de trois chambres et douches, un autre de quatre chambres », précise-t-il, se disant très heureux d’avoir eu le courage de continuer dans la persévérance.

Tout en dégustant les plats traditionnels qu’offre le restaurant « Eldorado », les clients sont bercés par des artistes très connus, c’est notamment Lama Sidibé tous les jeudis, Habib Fatako tous les samedis.

Contact :

Tél : +224 622 06 55 52
Adresse : Sis au Pont de Nongo, Commune de Ratoma – Conakry – Guinée