La défense des tissus africains est autant un combat culturel qu’économique. Certains entrepreneurs se sont emparés de la question pour créer à leur tour leurs propres tissus inspirés des cultures africaines. Parmi ces créateurs, Joseph Marie Ayissinga, fondateur de la société Wazal couture nous a ouvert ses portes et nous l’avons rencontré.

Pourquoi avez-vous crée Wazal ? 

J-M.Ayissinga : Wazal couture a été le fruit d’une longue réflexion. Elle est aussi née de ma passion pour le stylisme que m’a transmise mon père, Pierre Célestin Ayissi Nga dans les années 80. Toucher les matières, sentir leurs différences, les assembler, c’était fascinant pour moi. C’est aussi ce qui m’a motivé pour lancer ma marque. Notre concept a été inspiré du célèbre parc naturel de WAZA, situé dans l’extrême Nord du Cameroun. Je souhaitais me démarquer, en montrant ma détermination tout en reflétant la beauté du parc. Pour se faire j’ai ajouté le “L” en référence au lion. Comme vous le savez, le lion est un animal féroce mais très beau, un roi calme tant qu’on ne l’embête pas. Et dans le secteur du tissu, cela demeure un vœu pieux de ne pas être embêté par la concurrence (rires).  Et en plus , c’est l’emblème de mon beau pays, le Cameroun.

A travers Wazal couture, quel a été votre leitmotiv ? 

La défense des tissus de notre continent a été récemment au centre de débats. Cela avait crée des tensions entre le Rwanda et les Etats-Unis lorsque Kigali avait annoncé ne plus accepter la fripe américaine allant à l’encontre des accords de l’AGOA. Nous avons aussi entendu récemment la polémique autour du waxe. Est-il un tissu africain ou pas ? Au sein de Wazal, nous faisons le pari de soutenir chaque artisan africain car ils apportent de la valeur ajoutée pour nos clients autant que pour nos communautés en terme de création d’emplois. C’est cela le plus important. De notre côté, nous travaillons beaucoup le wax de différents pays du continent. A travers nos collections, nous mettons également en valeur nos matières comme le cuir d’agneau et le cachemire. C’est la valeur ajoutée que nous apportons à tous ces produits. Et ces débats auxquels vous venez de faire allusion sont importants mais aujourd’hui nous avons devant nous une mission plus importante : créer une Afrique forte et pleine d’opportunités pour ses enfants qui en sont issu.

Quels ont été les moments les plus difficiles à vivre avec Wazal? 

Quand vous êtes nouveau sur le marché, vous devez faire vos preuves. Les commerciaux réclamaient parfois 2 000 euros avant même de commencer à vendre. Le système du versement à la commission n’était pas souhaitable pour eux. Il a été difficile de les convaincre du contraire. Il m’a fallu donc limiter mes investissements. J’ai donc acquis des compétences et connaissances en me formant moi-même. C’est de cette manière que j’ai appris les techniques du moulage et du prototypage puis j’ai parfait mon apprentissage au sein de l’école de Vanessa Ruiz située en région parisienne. Grâce à ces apprentissages, j’ai pu lancé mes premières productions sur le marché en 2005. Aujourd’hui, j’ai quatre collections pour 10 prototypes.

5/Quelle est la vision pour l’entreprise dans les prochaines années à venir ? 

Nous créerons une usine au Cameroun dans les prochaines années. Pour cela, il nous faut un fond de démarrage de 50 000 euros. Nous recruterons trente salariés au Cameroun dès lors que l’usine sera sortie de terre.Nous souhaitons sortir 10 000 pièces par mois de l’entreprise. Enfin nous poursuivrons sur notre lancée avec l’inauguration d’une boutique d’où nous vendrons les produits fabriqués directement depuis l’usine. Mais avant cela, nous allons lancer notre prochaine collections dans les semaines à venir nommée WAZALKALIFLAGILISTIK . Celle-ci est en lien avec le projet de bande dessinée que nous sommes en train de concevoir.

Auteur
La Nouvelle Afrique